Monographie

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Définition: 

Maladie infectieuse, virulente, inoculable, non contagieuse due à une bactérie : Ehrlichia ruminantium, anciennement appelée Cowdria ruminantium. Elle touche les caprins, ovins et bovins.

Cette maladie est transmise par une tique vectrice du genre Amblyomma. Dans la Caraïbe, il s’agit de l’espèce Amblyomma variegatum, plus communément appelée « tique sénégalaise ».

Amblyomma variegatum male tick (left) and female tick (right)(CIRAD)

Tique Amblyomma variegatum mâle (à gauche) et femelle (à droite) (CIRAD)

 

 Importance

Une des plus importantes maladies transmises par les tiques en zone tropicale. Mortalité, pertes de production, coût de la lutte antivectorielle et de l’immunisation, entrave aux échanges commerciaux.

Dans les pays infestés des Petites Antilles Anglophones, la tique Amblyomma est l’objet d’un programme régional de contrôle: le « Caribbean Amblyomma Program ».

Situation dans les Amériques: 

Antilles : Martinique, Guadeloupe, Marie Galante, la Désirade, Antigua, Saint Martin, Sainte Lucie, Barbade, Dominique, St Kitts et Nevis.

Risque d’introduction sur le continent américain où une tique vectrice potentielle est présente (Amblyomma maculatum).

Risque accru par l’expansion de la population de héron garde-bœuf (Bubulcus ibis), transporteur de stades immatures d’ A. variegatum.

Cattle egret (Bubulcus ibis)

Héron garde-boeufs (Bubulcus ibis)

Espèces sensibles: 

Ruminants domestiques (bovins, ovins, caprins) et sauvages (zébus, buffles, etc.).

A. variegatum ticks on a bovine's dewlap (CIRAD)

Tiques A. variegatum sur le fanon d'un bovin (CIRAD) 

 

Facteurs de réceptivité  

Espèce: par ordre de sensibilité décroissante : Caprins, Ovins, Bovins. 

Race: les races issues de zone d’enzootie sont plus résistantes, mais difficulté pour distinguer la résistance d’origine génétique de l’immunité acquise.  

Age: taux de mortalité plus faibles observés chez les jeunes veaux puis maximum chez les bovins de un an. Hypothèse d’un rôle protecteur du colostrum maternel en région d’enzootie.

Agent pathogène / éthiologie: 

Ehrlichia ruminantium est une bactérie intracellulaire, de la famille des Rickettsiaceae, du genre Ehrlichia. Elle parasite les cellules endothéliales des vaisseaux sanguins et de diverses cellules du tissu réticulo-hystiocytaire des ruminants.

Il existe différentes souches induisant une protection croisée variable. Cette diversité antigénique rend difficile le développement d’un vaccin efficace.

Mode de transmission
objectifs et organisation
Sources: 

Matière virulente: le sang.

Transmission: 

Cycle de la tique Amblyomma et contamination par Ehrlichia:

La tique passe par trois stades de développement : larve, nymphe, adulte. Chaque stade prend un repas sanguin sur un hôte différent puis s’en détache.

 

Progressive cycle of the "senegalese tick"

 

Cycle évolutif de la "tique sénégalaise"

 

L’infection de la tique se fait au stade larvaire ou nymphal, lors d’un repas sanguin sur un ruminant infecté. L’infection par Ehrlichia est transmise aux stades de développement suivant (transmission trans-stadiale) : nymphe et adulte.

Après le repas sanguin, larves et nymphes muent et survivent sous forme libre dans la végétation avant de se fixer sur un nouvel hôte. Les femelles, après accouplement sur l’hôte, pondent dans le milieu 15 000 - 25 000 œufs qui donneront des larves non infectées (pas de transmission transovarienne).

La contamination d’un ruminant par Ehrlichia se fait par l’intermédiaire de la salive de la tique, lors du repas sanguin, après 1 à 3 jours de gorgement pour la nymphe, après 2 à 4 jours pour la tique adulte femelle.

Portage asymptomatique par les ruminants domestiques guéris de cowdriose. Rôle de réservoir de la maladie.

Symptômes: 

Incubation : En moyenne 2 - 3 semaines.

Taux de mortalité de 0% (stabilité enzootique) à 80% (races importées).

Tableau clinique de suraigu à bénin en fonction de : l’espèce, la race, l’âge, le statut immunitaire, la quantité et la souche d’Ehrlichia inoculée. 

 

Chez les petits ruminants  

Formes graves

 Elles touchent les animaux sensibles. Hyperthermie soudaine très élevée (> 41°C), détresse respiratoire, signes nerveux (animal tombé au sol, en opisthotonos, pédalage).

- Forme suraiguë: hyperthermie et crise convulsive, mort en quelques heures.

- Forme aiguë: évolution en 2 à 5 jours. Phase d'hyperthermie puis dyspnée et symptômes nerveux en fin d’évolution.

Formes frustres

Les animaux dotés d’un certain degré de résistance génétique ou d’une immunité acquise ou infectés par une souche peu virulente montrent des formes subaiguës, évoluant sur 7 à 10 jours. Les signes pulmonaires prédominent. Guérison possible mais longue.

Forme bénigne

Fèvre pendant 1 à 3 jours, guérison spontanée et immunisation à vie contre la souche d’Ehrlichia rencontrée. C’est la forme la plus fréquemment rencontrée en situation de stabilité enzootique. 

 

Chez les bovins

• mêmes formes mais les symptômes nerveux sont inconstants.

• signes digestifs : diarrhée profuse.

• formes les plus graves chez les taurins importés, issus de zone indemne (programmes d’amélioration génétique)

Lésions
objectifs et organisation
Lésions macroscopiques: 

Epanchements liquidiens: hydropéricarde, hydrothorax, ascite.

- Hydropéricarde: exsudat jaune clair quasi constant chez les petits ruminants.

- Hydrothorax : plus fréquent chez les bovins que chez les petits ruminants.

- Congestion intestinale et œdème pulmonaire : fréquents

Lésions microscopiques: 

Mise en évidence après coloration d’Ehrlichia dans des cellules endothéliales des microvaisseaux cérébraux.

Diagnostique
objectifs et organisation
Diagnostique clinique: 

Signes évocateurs : hyperthermie élevée, troubles nerveux évoluant vers la mort en 2 à 5 jours associés à des épanchements péricardiques dans une région infestée par des tiques du genre Amblyomma.

 

Diagnostic nécropsique

Signe majeur recherché : hydropéricarde +/- hydrothorax, ascite.

Diagnostique différentiel: 

La cowdriose ne doit pas être confondue avec :

- Tétanos, rage, méningoencéphalites bactériennes

- Theilériose et babésiose

-  Fièvre charbonneuse

- Neurotoxicose et empoisonnements

- Hypomagnésémie ou carence en vitamine B1

Diagnostique de laboratoire: 

Mise en évidence de l’agent pathogène:

- Diagnostic bactérioscopique sur frottis cérébral (animal mort). Distinguer les autres hémoparasites éventuels (Babesia bovis)

- Isolement :

o Sur animal sensible : inoculation, diagnostic clinique, nécropsique et culture. Technique utilisée pour isoler de nouvelles souches sur le terrain.

o Culture cellulaire : long, nécessite un laboratoire spécialisé. Technique incontournable pour le développement de vaccins.

- Diagnostic moléculaire par PCR, idéal en routine.

Diagnostique sérologique: 

- Immunofluorescence indirecte : risques de faux positifs par réaction croisée avec d’autres Ehrlichia.

- ELISA basés sur des antigènes recombinants (ELISA indirect et ELISA de compétition) plus spécifiques. Méthodes recommandées par l’OIE.

Traitement: 

Pour être efficace, le traitement doit être précoce. Il repose sur l’emploi d’antibiotiques de la famille des tétracyclines :

- Oxytétracycline (10-20mg/kg IV ou IM), très efficace, le plus utilisé. Existe en forme dite « longue action ».

- Chlortétracycline (5mg/kg en IV)

-  Doxycycline (2mg/kg IV)

+/- corticoïdes diurétiques afin de diminuer l'oedème cérébral (cas aigus).


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